Introduction

Un appel à l’action

Le changement climatique et l’érosion de la biodiversité s’accélèrent, s’intensifient et mettent en péril les équilibres planétaires. Parmi les causes sur lesquelles nous pouvons agir, figurent nos modes de production et de consommation, et l’exemple du plastique est éloquent. En effet, 460 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde sur l’année 2019, dont près de la moitié destinée à l’usage unique et 40% sont jetés au bout d’un mois. Autrement dit, près de 50 % de tous les produits fabriqués en plastique sont conçus pour avoir une durée de vie inférieure à trois ans. D’après la fondation Ellen MacArthur, en l’absence d’action imminente, il y aurait plus de plastique que de poissons dans l’océan en 2050 (en masse). La communauté internationale est donc claire : tous les acteurs, publics comme privés, à toutes les échelles et à chaque maillon de la chaîne de valeur, sont appelés à agir de manière globale et coordonnée pour lutter contre la pollution plastique. Un traité international sur le plastique est d’ailleurs en cours de discussion sous l’égide des Nations Unies.

La mer Méditerranée est loin d’être épargnée par cette pollution : plus de 229 000 tonnes de déchets plastiques y sont déversées chaque année, soit l’équivalent de 500 conteneurs par jour. De plus, le problème est exacerbé par la hausse de 30% de la production de déchets plastiques sur les mois d’été, coïncidant avec la haute saison touristique. Or, en dépit de l’impact que le secteur du tourisme peut avoir sur les milieux semi-naturels côtiers, ce secteur dépend également fortement de leur bon état. La sauvegarde des sites, la beauté naturelle des destinations et l’expérience touristique des clients du secteur hôtelier sont menacées par cette pollution. La clientèle est d’ailleurs de plus en plus exigeante sur l’éco-responsabilité du secteur. En tant qu’acteurs du tourisme, les hôtels ont donc un rôle à jouer afin de pouvoir pérenniser leur activité.

L’équivalent de 500 conteneurs de plastique sont déversés chaque jour en Méditerranée

Quels bénéfices à réduire sa consommation de plastique pour un hôtel ?

Un acte commercial en réponse à une demande de la clientèle
Une étude du groupe touristique TUI montre qu’un européen sur dix réserve déjà des vacances éco-responsables, et que plus de ? d’entre eux sont disposés à faire des compromis en matière de style de vie au profit de l’environnement. Selon Booking.com et leur sondage auprès de 29 000 voyageurs dans 30 pays, 84% d’entre eux souhaitent réduire leur production de déchets pendant leur voyage ; et si vous les y aidiez ?

Un acte contributif de “la nouvelle norme”
Dans l’Union européenne, d’ici 2040 tous les plastiques à usage unique seront interdits : le compte à rebours est lancé ! D’un autre côté, certains standards exigent la présence de certains produits individuels. Mais cette contradiction tend à se résorber : par exemple, la grille de classement des hôtels étoilés a évolué en 2022 pour doubler le nombre de critères liés au développement durable. Les hôtels devront par ailleurs en respecter au minimum 13 sur 27 pour obtenir une étoile. Et si vous aviez un rôle à jouer pour les faire évoluer encore plus vite ?

Un acte engagé qui forge sa marque employeur
Dans un contexte où le recrutement est difficile, l’engagement écologique peut être un argument de taille auprès de la jeune génération, qui cherche des employeurs responsables et du sens au travail. Des travaux ont déjà démontré que la perception de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) était un facteur clé de la marque employeur, la marque employeur ayant une influence importante dans le processus de candidature. Alors, prêt à éplucher les CV ?

Un acte qui s’inscrit dans une dynamique globale
Les initiatives pour un secteur du tourisme plus éco-responsable fleurissent : citons la Global Tourism Plastics Initiative à l’échelle internationale et multi-partenariale, Iberostar et son programme Wave of Change pour un exemple à l’échelle d’un groupe hôtelier, ou encore l’UICN et le projet Plastic Free Islands pour un exemple du soutien des ONG. Vous lancer ne sera donc pas un acte isolé, et vous pourrez bénéficier de retours d’expérience et de vents porteurs !

Résumé Exécutif

Dans le cadre de son Collège d’Entreprises, l’association Beyond Plastic Med a accompagné l’InterContinental Marseille – Hotel Dieu vers la sortie des plastiques à usage unique, à travers un pilote de quelques mois. Imaginée comme un coup d’accélérateur qui pose les bases pour ensuite déployer une démarche pérenne, cette expérience se prête à une prise de recul, matérialisée par ce kit clé en mains à l’attention du secteur hôtelier. Nous y exposons les méthodologies déployées, les résultats et mettons en avant les facteurs de réussite mais aussi les points de vigilance. Pensé pour être autoportant, nous espérons qu’il vous sera utile pour éliminer les plastiques à usage unique de votre établissement ! Pensé pour être évolutif au fil des expériences, n’hésitez pas à nous contacter et à nous faire part de vos retours !

Le projet a été mené par l’association BeMed avec le soutien de la Région Sud, ce qui a permis à l’InterContinental Marseille – Hotel Dieu d’être entouré d’expertises complémentaires pour certaines étapes du projet. Plus de 10 partenaires sont intervenus et ont contribué : ConsultantSeas, InOff Plastic, l’ENSAM-AMVALOR, LemonTri, l’Université de Toulon, Plastic Odyssey, et les pouvoirs publics du territoire comme la Métropole Aix-Marseille-Provence, ainsi que l’Agence régionale pour la biodiversité et l’environnement. Sans compter l’implication des membres du Collège d’Entreprises BeMed à des moments clés du projet. Le travail collectif a permis de bénéficier d’expériences similaires (ex : avec Iberostar, la Société des Bains de mer de Monaco, Vacances Léo Lagrange), d’idées novatrices (ex : avec Nestlé, Haribo, L’Occitane en Provence et Chanel) ou encore d’un regard bienveillant et constructif avec l’ensemble des membres fondateurs, entreprises, et scientifiques.

Les Grands Résultats

L’expérience de l’InterContinental Marseille – Hotel Dieu visant à sortir progressivement des plastiques à usage unique montre qu’en trois mois, pour les 18 produits et emballages prioritaires ciblés :

La production de déchets est réduite de 78% (en masse)
Les coûts
sont réduits
de 42% (sur les
consommables)
Le personnel s’engage et gagne du temps
La clientèle est toujours aussi satisfaite de son séjour

Les grands enseignements que nous en tirons

Réduire notre consommation de plastique, c’est possible !
Pour 18 produits ciblés par ce test, ce sont 526 kg de déchets plastiques évités sur un an, soit une réduction de leur consommation de 78% par rapport à 2019.

Privilégier les actions de suppression ou de réduction des plastiques à usage unique, c’est le plus efficace.
Supprimer les dosettes de lait et de chocolat chaud du plateau de courtoisie en proposant des alternatives fait-maison sur demande auprès du room service a réduit de 99% la consommation de lait et de chocolat chaud. Passer les kits de salle de bain sur demande a réduit leur consommation de 40% en moyenne.

  • C’est pertinent du point de vue environnemental : réduction drastique de la consommation de plastique.
  • C’est pertinent du point de vue économique : diminution des volumes et des coûts (ce qui permet d’augmenter la qualité du produit).
  • C’est in fine un gain de temps pour le personnel, et un maintien de la qualité de service perçue par la clientèle.

Adopter des solutions réemployables, c’est rentable.
Environ 5 000 euros ont été investis dans des alternatives réemployables comme des fontaines à eau, des sucriers et des théières.

Il n’aura fallu qu’un peu moins de 3 mois pour amortir ces coûts.

Éviter tout transfert d’impact environnemental lors d’une action de substitution d’un plastique à usage unique par un autre matériau, c’est indispensable !
L’impact environnemental est en moyenne positif :

Nos retours d’expérience sur les alternatives testées

Nos déceptions

  • Le couvercle du verre à jus en room service, qu’il soit en plastique réemployable ou en papier à usage unique, n’a pas fait l’affaire (perte de qualité au bout d’un petit nombre de lavages pour le premier, tâches fréquentes pour le second),
  • La motte de beurre en libre service au buffet du petit déjeuner n’a pas su garder sa belle allure,
  • La bonbonnière à l’accueil a été victime de son succès,
  • Le kit de rasage pour lequel aucune alternative satisfaisante combinant praticité et coût n’a pu être trouvée.

Nos quick win assurés

  • La mise sur demande des kits de salle de bain,
  • La mise sur demande du chocolat chaud et du lait frais du plateau de courtoisie,
  • Le thé en vrac et les sucriers au buffet du petit déjeuner,
  • L’approche expérientielle plutôt que matérielle en cadeau pour les enfants (une chasse aux trésors plutôt que des jouets).

Les potentiels d’accélération à portée de main

  • L’amélioration de la gestion des déchets, notamment avec un tri à la source en front et back office,
  • Si la fontaine à eau et ses bouteilles en verre réemployables avaient été utilisées en remplacement de toutes les bouteilles en plastique consommées sur la période de test, le bénéfice environnemental du pilote aurait été multiplié par 6 !

Schéma de la méthodologie générale

Des facteurs clés de réussite

Envie de vous lancer ? Alors voici nos premiers conseils sur quelques éléments à assembler afin de mettre toutes les chances de votre côté !

Du côté de la gestion de projet :

  • Impliquer la direction et les équipes, pour s’approprier la démarche, prendre des décisions collectives et les déployer.
  • Désigner une personne référente du projet pour une coordination efficace car la démarche fait appel à de nombreux départements de l’hôtel, éventuellement à des prestataires extérieurs.
  • Avoir un rétroplanning clair et partagé au sein de l’équipe projet pour pouvoir y dédier du temps, au même titre que pour les activités quotidiennes de l’hôtel.
  • Profiter de retours d’expérience pour avancer plus vite et éviter les difficultés déjà identifiées par d’autres.
  • Mobiliser un réseau sur lequel s’appuyer, des partenaires clés, des relais de communication.
  • Impliquer les pouvoirs publics et d’autres acteurs pertinents pour intégrer le projet dans son territoire.

Du côté de la méthodologie :

  • Respecter la hiérarchie des déchets et les “5 R”: refuser, réduire, réutiliser/réemployer, recycler, rendre à la terre.
  • Adopter une vision cycle de vie : considérer l’ensemble des impacts environnementaux du produit plastique, depuis l’extraction de la matière pour sa production jusqu’à la gestion de sa fin de vie.
  • S’interdire les aux transferts d’impact : ne pas remplacer un produit par une solution ou une nouvelle pratique qui aurait d’autres impacts majeurs sur l’environnement.

Les 5 R, qu’est-ce que c’est ?
La règle d’or « Refuse, reduce, reuse, recycle, rot » ou « refuser, réduire, réutiliser, recycler et rendre à la terre » vient de l’ouvrage « Zéro déchet » de Béa Johnson, et permet de structurer une démarche pour réduire nos déchets, y compris plastiques.